Le jour où je suis devenue Mère de Famille

juin 7, 2011

Le jour où je suis devenue une maman d’enfer l’arsouille était parti se faire un resto entre potes en me laissant à la maison. « Nan mais c’est pas que je veux pas que tu viennes, mais t’es tout le temps fatiguée aussi, et après tu fais ton boulet faut te ramener c’est chiant ».

Oui c’est vrai excuse moi pour une nana enceinte de 9 mois avec le ventre qui me sort par les oreilles je suis quand même sacrément gonflée de pas me cogner 35minutes de marche à pied pour pouvoir te laisser picoler tranquille, déjà qu’entre nous le Pub Irlandais quand tu bois du jus de carottes c’est pas la méga ambiance, je me suis une fois de plus dévouée « je comprends mon loulou d’amour, vas y, sors, va t’amuser avec tes amis je vais rester à la maison je suis un peu fatiguée justement »

Incrédulité totale de l’arsouille en question. « T’es sérieuse là ? Ca veut dire que je vais rentrer tout à l’heure tu feras la tronche devant Faites Entrer l’Accusé en me disant non non tout va bien, puis tu te mettras à chialer à cause des hormones ? »

« Mais non je te jure j’ai pas envie de bouger ! »

Bref à minuit le gai luron n’ayant toujours pas donné signe de vie je l’ai appelé pour lui commander une bonne galette des familles (car certaines petites choses délicates ont des envies de fraises en pleine nuit, personnellement c’est plutôt la perspective d’un bon vieux kébab dégoulinant de trucs suspects qui me fait vibrer).

Un peu plus tard alors que je digérais peinard sur le canap’ pendant que l’homme matait la télé d’un œil rendu vitreux par l’excellente qualité du bambou marseillais j’ai commencé à sentir qu’un truc se tramait dans mon intestin grêle. Un genre de gargouillis annonciateur de viande pas fraîche, celui qui te dit « prépare toi ma cocotte ce soir tu vas en chier ! ».

Il m’a fallu trois aller-retours aux water pour me rendre à l’évidence et annoncer d’une voix blanche à l’homme « Dis, je crois que ça y est… »

Avoir un enfant et la diarrhée au début c’est un peu kif-kif bourricot.

Dix minutes plus tard j’étais dans la voiture en train de couiner, l’homme complètement réveillé en mode Fangio des calanques me conduisant vers mon destin.

Une demie heure plus tard une petite étudiante essayait vainement de me mettre sous perfusion, le mâle s’était senti mal et moi je jurai mes Grands Dieux que je n’avais rien bouffé et quand est ce qu’ils allaient me la faire, cette péridurale enfoirés de barbares !

Il n’a fallu que 5minutes de plus pour qu’une contraction un peu plus forte me fasse rendre tripes et boyaux, et surtout copeaux de viande  oignons et sauce blanche dans une petite coupelle stoïquement tenue par l’homme, achevant de dénaturer ce « plus beau jour de ma vie ».

L’étudiante a encore eu le temps de faire quelques boulettes, l’arsouille faisant fi de toute solidarité de se fumer un demi paquet de clopes avant qu’enfin le Nirvana de la médecine moderne ne me soit accordé : la péridurale auto injectable.

Munie de ma pompe à drogue j’ai pu me délecter des hurlements de ma voisine de salle de travail qui préférait un « accouchement naturel » la bienheureuse ! Je me suis même légèrement endormie tandis que la progression dans mon ventre ressemblait de plus en plus à une grosse envie de faire caca.

Et tout à coup, il est l’heure et le papa en devenir commence à pâlir sérieusement en me broyant la main pour se donner du courage.

J’entends enfin le classique « Allez-y Madame ! Poussez ! », et 1, 2, 3 l’enfant est là ! Papa pleure comme une madeleine et je plane encore plus que sous péridurale, la petite chose visqueuse qui se presse contre mon sein sort donc de mon ventre !

J’arrive pas à y croire, il a de si jolies petites oreilles.

Après avoir coupé le cordon le chef de famille racontera à qui veut l’entendre que c’est exactement pareil que lorsque on vide une truite, mais à cet instant les deux hommes de ma vie se dévisagent avec émerveillement et circonspection.

Un peu plus tard  ton papa a réveillé la moitié de son répertoire avant de partir dormir un peu. Tu as eu la bonne idée de naître un vendredi et le week-end s’annonce chargé.

Pour le moment nous ne sommes que tous les deux, tu me regardes tout en tétant avec application et je te chuchote des mignardises en espagnol. Tu es magnifique, plein de cheveux mais ni fripé ni plein de plaques rouges ou de jaunisse ou d’autres trucs bizarres et un peu dégueulasses de nouveaux nés. Tu as de grands yeux bien ouverts et un petit nez tout mignon, bien entendu tu es le plus beau de tous mais je me demande encore si c’est vrai ou si c’est simplement parce que tu es moi que je le pense.

Les gens m’appellent pour me féliciter alors que c’est toi qui a tout fait (même me déchirer la moitié de la foufoune sur ton passage), je ne veux pas te lâcher, surtout pas pour te mettre dans ce berceau froid et transparent, je veux te garder tout contre moi et ne penser qu’à toi pour ne pas entendre mon ventre dégonflé qui fait flop flop comme un vieux pneu crevé.

Bordel de Dieu ça y est. Je suis mère de famille.

Un chasseur sachant pousser

janvier 12, 2011

Sans café ni cigarette c’est fou comme écrire devient un passe-temps difficile. Cependant mes activités de femme au foyer (décidemment ! Ce rôle revient de manière récurrente dans ma vie ces derniers temps), mes activités de femme au foyer donc me laissant relativement beaucoup de temps libre je vais essayer de m’y remettre.

 

J’ai à ma droite une infusion aux fruits rouges, à ma gauche un pot de Nutella, et face à moi la mer pour horizon… Mon appartement est sérieusement moisi aux entournures (aux entournures des fenêtres très précisément) mais possède une vue à se damner.

Et puis quand je m’asseois autrement que vautrée sur un canapé le lardon ci-joint avec mon statut de femme au foyer me balance des coups de latte dans les côtes flottantes d’une manière pour le moins désagréable. Je le laisse profiter de cet éphémère sentiment de toute puissance, dans quelques mois les rôles s’inverseront et je pourrai jouer à Dieu avec sa misérable petite existence MOUAH AH AH AH AH !!

 

Non, sincèrement je m’éclate ici, je me suis fait des grandes copines chez qui je passe mes journées, elles ont toutes des pseudo rigolos : CAF, ASSEDIC, CPAM, Matmut … et en plus leur taf c’est de me filer des sous. Même si pour le moment c’est un peu limite de ce coté là, rien ne réussit à ternir la merveilleuse relation de confiance que nous avons tissé entre deux formulaires à remplir.

Et puis j’ai un lardon au four maintenant, je vis de grands moments d’osmose avec lui et puis je vais en cours pour qu’on m’apprenne comment il va me falloir l’expulser d’ici quelques temps, comme dirait la sage-femme « il y a pousser et savoir pousser mes bonnes dames », toute la nuance est là.

 

En ce qui me concerne je constate simplement qu’en plus de me priver de tabac, d’alcool, de café et de junk-food cet enfant m’a privé de crac-crac au bout d’à peine 5 mois de vie, et le Docteur a regardé son papa avec une telle flamme dans le regard qu’il nous l’a complètement inhibé le pauvre, il n’a pas voulu déroger une seule fois à la règle.

Je vis donc ma plus longue période de chasteté non désirée alors même que j’ai les hormones au top du top, c’est à pleurer !

 

Bref tout ça pour dire que si un petit crac-crac de rien du tout risque de nous le balancer sur orbite je pense que sachant pousser ou pas ça finira bien par sortir…

 

Un verre de blanc s’il vous plait!

mai 10, 2010



Et bien même si j’ai changé de bord, ça rame toujours aussi sec par ici.

Après avoir correctement glandouillé pendant quelques semaines devant la télé je suis à présent incollable sur toutes les émissions à la con du Paf, et j’ai trouvé un petit boulot histoire de mettre un peu de beurre dans les épinards qui commencaient franchemment à sentir la rifoufoune comme dirait l’autre.

Oh pas grand chose, quelques heures dans un petit commerce à vocation sociale, juste à coté du grand Théâtre de la Criée sur le Vieux Port de Marseille. Comme ça je continue à voir mes congénères entrer, sortir et discuter mise en scène, scénographie et subventions tout en fumant des roulées en picorant des olives sur ma terrasse. Mon patron m’a d’ailleurs bien prévenue, « fais gaffe aux théâtreux, surtout les jeunes, ces gens là ils sont pétés de thunes mais ils essayent toujours de se barrer sans payer leur tournée! » (sic!).

Parce que oui, je suis revenue à mes premières amours et je travaille dans le charmant et bien nommé Café des Arts, bien nommé car comme m’a confié un habitué aviné, « les vrais artisteu c’est ici que tu vas les voir petiteu! » (ah ben oui forcémment c’est Marseille et son accent chantant ). Pour l’anecdote, il faut croire que le bar à Gisèle était une curieuse vision prémonitoire, environ 50 fois par jour on me demande « un verre de blanc s’il vous plaît! », et mes clients ne sont pas piqués des haricots si vous voulez mon avis.

Il y a là force touriste blanc ou rouge selon leur date de fraîcheur cohabitant avec les fameux théâtreux, et mes chers habitués en l’occurrence les marins vivant ou travaillant sur les bateaux en face, je vous raconte même pas comme je me la pète avec mon prénom quand je vois comme une lueur de reconnaissance dans leurs yeux au seul énoncé du fameux Titouan Lamazou.

Etant moi même la p’tite Marie je sers avec gentillesse les Bernards, Jeans et Inconnus dont la langue se délie souvent aprs quelques verres tout en écoutant les aventures de mes deux Gisèles de patrons qui en plus d’être gitans pieds noirs (ce qui suffit déjà à faire d’eux des personnages) possèdent un accent du pays qui me ravit sans cesse. Pour compléter le tableau je travaille également avec un cuistot bordélique dont le pseudo msn est « moudu13 », si vous voulez mon avis et celui des clients qui attendent avec impatience pendant trois quarts d’heure leur entrecôte-frites et bien ça lui va comme un gant!

Mais la vie continue sur le port entre parties de pêche quand vient le soir et matches de l’OM, pastis et tapenade, et puis bien sûr, la vie de rêve: j’étais femme au foyer dégénerée je me retrouve colocataire attardée de trois grands garçons.

Comme dirait la télé: « On est vraiment riennnn sannnns elle, qu’on soit noiiiir ouuu blannnc, si on tend la main veeeeers elle, laaaa viiiiiie eeeeeest pluuuuuus beeeeeelle! »

Back to the Roots

mars 29, 2010

Lundi soir, en transit à New York j’ai eu le plaisir d’apprendre que mon vol pour Paris était remplacé pour un autre au petit matin. Confrontée à la perspective de passer une nuit dans l’aéroport j’ai judicieusement revendu le bon-pour-un-repas-à-prendre-dans-une-sordide-caféteria-offert-par-Air-France-merci-de-voyager-sur nos-lignes à un brave type du nettoyage et j’ai allègrement pris le métro en direction de la Grosse Pomme.

J’ai passé la nuit dans une boite du Village en écoutant du jazz et les typiques conversations des vieux bobos. Ce fut non seulement fort sympathique, mais de surcroît le sentiment de passer une nuit à Mexico, la suivante à New York et la troisième à Lyon donne vraiment le sentiment d’être une citoyenne du monde.

Donc il fallait bien évidemment que je me la raconte façon jet-setteuse qui s’ennuie tellement qu’elle part se taper une petite virée d’un soir à New York avant de regagner ses pénates.

De mon arrivée en France je peux simplement vous dire que ça fait trois jours que je me nourris exclusivement de saucisson, fromage et pain de campagne… ah oui! Et de la magnifique tartiflette amoureusement cuisinée par ma môman qui sait décidemment à merveille comment me rendre heureuse.

A part ça tout me paraît merveilleusement calme et propre, en me baladant dans Lyon j’avais un peu l’impression de promener au milieu d’un village de poupées… C’est fou comme ces petites maisons et ces ruelles sont mignonnes, c’est fou comme le service de nettoyage fait bien son travail, c’est fou comme je suis contente d’être dans un pays où je vais toucher le chômage et où on va me prendre en charge!!!

Et j’oubliais aussi, ça va vous faire doucement rigoler parce qu’apparement c’est devenu un grand sujet de débats tout au long de cette année mais c’est fou comme je suis contente de me retrouver dans un pays pourvu d’aussi multiples visages!!

Bref, il suffit que je parte une paire de mois pour revenir pleine d’amour et de gratitude envers ma chère mère patrie, j’adore les grèves de la SNCF, j’adore les flics à tous les coins de rue, j’adore les contrôles d’identité arbitraires et les radars sur l’autoroute, et surtout j’adore l’ambiance du Vieux Port un soir de finale!

A présent qu’en plus j’ai quitté « la ville » pour me mettre au vert à la campagne je peux vous dire que je suis littéralement fascinée par la saine ambiance qui règne, le chien qui dort peinard, les quarte pattes en l’air, au soleil, le vent qui souffle dans les grands arbres, les oiseaux qui gazouillent…

Je me sens un peu comme dans une publicité pour les jambons Herta en fin de compte, j’attends avec impatience qu’un brave gars aux dents blanches me ramène un poulet sur sa bicyclette et mon bonheur sera total!

Alléluiah!

mars 16, 2010

« Le pouvoir de l’esprit, Petit Singe Sagace, est un pouvoir Sage, Puissant et Méconnu ».

Je me suis levée prête à affronter les regards de dégoût et de rejet de la population face à ma difformité, pour courir jusqu’à la pharmacie chercher un produit miracle.

Je dis un produit miracle parce que les copines avaient fort l’intention de m’emmener ce soir même me remettre de toutes mes stupides émotions à la Mezcaleria du quartier, oui oui, celle où travaille ce barman absolument charmant dont le sourire m’enivre (et les mezcals qui s’alignent sur le comptoir accessoirement oui bon c’est vrai).

Quoi qu’il en soit oui j’ai décidé de tirer ma révérence, oui j’ai déjà un adorable mignon et triple oui je sais pertinemment que sourire de serveur = sourire menteur (un client qui se croit favori est un client qui consomme, ça va vous faire douter de votre barman préferé mais c’est la triste réalité de la société capitaliste mes chers enfants, on n’est pas là pour enfiler des perles).

Nonobstant: la coquetterie vaincra dans ce monde de brutes et je veux me montrer sous mon meilleur jour surtout s’il s’agit du dernier!

Donc pas de guérison pas de canons!

Et bien décidemment je me surprends moi même car après avoir passé une nuit d’autosuggestion intense sur le thème « demain tout ça sera loin, demain j’aurai plus rien » mon bouton a bel et bien disparu, c’est un miracle, la victoire de l’esprit sur le corps, j’aimerai beaucoup avoir en toutes occasions cette belle force de conviction qui me voit triompher du Mal.

En véritable Samourai je suis donc allée fêter ma victoire au petit marché derrière chez moi, celui qui propose un consommé d’agneau et des tacos dorados absolument fameux, j’ai la panse merveilleusement pleine et dodue à souhait je suis au comble du bonheur!

Voilà c’est tout, je vais taper un gros sieston comme on les aime j’en rêve déjà!

Lo Grand Tramblament

mars 16, 2010


Il est 4h du matin et je suis absolument et désespérement incapable de trouver le sommeil. En plus je fais des rêves bizarres en ce moment.
Par exemple j’ai rêvé que j’annonçais à mes colocataires, enfin, mes colocataires, plutôt ces amis qui me chérissent et poussent l’abnégation jusqu’à m’héberger depuis maintenant deux mois, moi mes poils et mes doutes.
Bref j’ai rêvé que je leur annonçais que je me cassais d’ici. Et le pire.

C’est que je sais que ce n’est pas un rêve. Je suis en train de renoncer. Depuis trois jours et la progressive apparition sur mon visage jusqu’alors vierge de ce genre d’insanités, d’un bouton de fièvre absolument monstrueux (j’ai la lèvre qui ressemble basiquement à celle d’un zombie de série Z brûlé à l’acide je vous raconte même pas, je vis terrée dans mon trou) je remâche cette décision.
Non bien entendu ce n’est pas ledit bouton qui me contraint, je crois plutôt qu’il est le résultat de cette cogitation intense qui m’empêche de dormir. En tout cas je n’ai pas souvenir d’être allée fourrer mes lèvres quelque part où il ne fallait pas et je n’ai pas bu depuis un bon moment donc je n’ai pas non plus subi de réveil brutal auprès d’un inconnu aviné.
Je suis à présent en train de faire un intense travail mental visant à éliminer cet immondice et je dois reconnaître que tout mon esprit de volonté ne suffit pas, demain je me mets aux antibiotiques, c’est nettement plus chic.

Cependant j’ai vraiment l’intention de filer à l’anglaise, expression qui ô surprise se traduit en espagnol par filer à la française, et oui que voulez vous on n’a pas tous les mêmes voisins… Je me demande à ce sujet si une blague belge devient une blague portugaise, et si les italiens sont partout aussi mauvais joueurs…
Je ne sais pas bien d’où m’est sortie cette décision, plusieurs semaines, que dis-je, des mois de doutes concernant le pourquoi de ma présence ici certainement.
Une grosse baisse d’énergie, un coup de pompe moral et une confiance en mes capacités en nette diminution également.

Et puis un message apparaissant tel un oracle sur mon téléphone évoquant dans le désordre pastis, bouillabaisse, Vieux Port et charriant avec lui tout un pays a sonné le glas de mes dernières volontés.

La raison me conseille de rester ici, je suis en bonne voie, pleine de perspectives enrichissantes et prometteuses, j’arrive enfin à ne plus trop me paumer même en bus et je ne fais qu’un avec l’air pollué environnant.Mais il y a des fois où la raison ne sait plus quoi dire quand il s’agit de voir comment le soleil brille entre mes chères montagnes, et comme il est bon d’être auprès de ceux qu’on aime.
C’est presque trop beau pour être vrai ce que je dis, on dirait une chanson de Michel Sardou vous vous rendez compte ce que me fait faire la mélancolie? Cette fois y a pas de doutes je suis cuite aux patates…

Oui je crois que cette fois j’y suis… Jusqu’au prochain départ direz vous, langues perfides qui bien me connaissez. Peut-être c’est vrai.
Pour le moment j’en suis plus basiquement à me demander comment je vais payer mon biller retour, alors si par hasard vous voulez faire un truc sympa je vous propose de donner chacun dix euros pour mon rapatriement, ou alors d’organiser un Loto, une vente de charité, tiens vous les célibataires mettez vous aux enchères on sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher…

Voilà voilà, si entre vos 35h et votre chômage (suivez mon regard) vous ne savez pas quoi faire de vos journées et bien je vous propose une activité ludique et familiale: mettre en place la Fondation Rendez Nous la Titou et attirer le regard de notre Président sur ma situation afin que pour une fois il utilise ses charters non pas pour expulser mais pour rapatrier la brebis égarée que je suis jusqu’aux prairies de notre Douce Patrie.

Il est 4h30 mes Chers Compatriotes, en direct de Mexico la France Libre vous parle!

Fatal Mezcal

mars 11, 2010

Quand on pense Mexique on pense forcément au tequila. Je précise d’ailleurs LE tequila, et non la tequila car il s’agit d’un nom masculin, cette précision pourra vous être utile le jour ou vous déciderez de vous faire une séance dégustation dans ces riches contrées ensoleillées, cela pourra vous éviter de passer pour des gros ignares.

Cependant je pense que cette réputation du tequila est un tantinet exagérée. On parle de goûts personnels bien entendu, mais le mezcal a quand même beaucoup plus de classe.

Les deux sont issus de l’agave, cependant les processus et surtout les régions de fabrication sont différentes. Le tequila c’est Jalisco, les mariachis et les « Ay ay ay ay, cieeeeliito lindoooo!! ».

Le mezcal c’est Oaxaca, les bahias et la vie du sud, tranquille et relax. Et puis ça a plus de classe car, tels Les Bronzés font du ski se perdant dans le désert, les bouteilles de mezcal contiennent fréquemment une petite chenille au fond supposée donner tout le parfum, qu’il est d’usage de gober virilement afin de se donner force et courage

Le mezcal ne contient pas de mescaline, je suis désolée pour les petits malins qui s’imaginaient déjà taper la tchatche au Grand Serpent à Plumes après quelques verres. La mescaline s’extrait du Peyotl et le processus d’assimilation est un peu plus compliqué. N’importe qui peut boire un mezcal, je ne conseillerai pas à n’importe qui de manger du peyotl au milieu du désert de San Luis Potosi.

Le mezcal se propose en général avec un petit verre de jus de citron et un autre de sangrita (jus de tomates épicé), ou avec des quartiers d’orange et du sel au piment. Pour se la jouer vraiment connaisseur le mieux c’est de commander un mezcal et une bière pour se rincer le gosier, un peu comme un whisky avec un verre d’eau. Evidemment à manipuler avec précaution, ce n’est qu’une bière mais ça brasse sévère là bas dedans.

Cependant le mezcal rend fou, et ceci sans nul doute. Un peu comme le pastis en fin de compte. On en boit un ou deux et tout à coup il fait beau et chaud, on est joyeux et animé, on rit et parle fort, on devient tout rouge.

Quelques uns de plus et tu danses le cha cha cha toute la nuit, tout le monde est ton ami, tu trinques toutes les cinq secondes et tu te sens prêt à aller au bout du monde. Ta discussion te semble lumineuse, t’as une pêche d’enfer qui pourrait se rapprocher d’un excès d’amphétamines bref la grosse patate!

Quand arrive le moment où tu as bu le verre de trop en général il est déjà trop tard et au choix tu deviens mauvais (ah! Les bonnes vieilles batailles à coup de tessons de bouteille!) ou tu ne peux plus marcher, plus parler et tu as l’impression d’avoir rayé ton disque dur interne (qui devient en l’occurence plutôt mou), et dans ces cas là tu vomis violemment ou tu t’écroules dans le premier endroit qui s’apparente à un lit, même s’il s’agit des genoux de ton compagnon de beuverie.

Mais le plus étrange c’est que le lendemain, en général la gueule de bois est dure (moi par exemple deux fois je me suis réveillée encore ivre) et surtout tu as le visage cramé, comme si tu t’étais endormi au soleil, rouge et brûlant, c’est comme ça que tu reconnais un buveur de mezcal occasionnel (forcément les habitués n’ont plus ce genre de symptômes ils sont rouges en permanence comme les vieux buveurs de pastaga).

La gueule de bois est dure donc, et tu te promets que plus jamais tu ne te laisseras prendre… Jusqu’à la prochaine sortie dans la mezcaleria du quartier, et son alléchante carte de 50 variétés.

Cependant je suis fan inconditionnelle de ce petit mezcal du soir, qui t’aide à faire descendre les 15 tacos que tu viens de t’enfiler avec détermination et qui ont transformé ton estomac en ring de lucha libre, et je ne cesse d’être surprise par la grande variété de saveurs que l’on rencontre dans ces petits verres qui paraissent de prime abord tellement inoffensifs.

Fatal mezcal décidemment, à manipuler avec précaution.

Terminus Guanajuato!

mars 9, 2010

Minuit presque lorsque le bus s’arrête dans la gare ensommeillée.Le taxi nous entraîne dans un dédale de rues souterraines, carrefours et ruelles s’entremêlent sous les entrailles de la ville.Et puis nous y sommes.

Sur la place les airs de guitare des mariachis se mélangent à des airs de hip-hop, des jeunes gens casquettes-baskets-survêt’ se défient au break dance.

Le premier hôtel à des airs de monastère, portes et couloirs à tous les niveaux, vieilles pierres qui sentent la fraîcheur et le calme. Mais l’heure n’est pas encore au sommeil réparateur, allons boire un verre? Allons!

Un autre tunnel, décidemment, qui nous conduit dans un drôle de bar. Vide. Silence révélateur quand je me dirige résolumment vers les hommes ivres en chemise ouverte pour demander deux bières. Tequila et reggaeton, un couple se pelote dans un coin. Dis donc, toi aussi tu l’as vu, il avait la main dans sa culotte pas vrai?

Des calaveras mènent une danse infernale sur les murs couverts de couleur.

Autre jour. Le soleil est riche et délicieux, le petit déjeuner tout autant sur cette petite place charmante, un vieux monsieur lit le journal, les enfants se poursuivent en riant et rien ne semble pouvoir venir à bout de la quiétude du lieu. Une ville toute en montées descentes, le Panier en technicolore. Au dessus de nos têtes le Pipilà brandit un poing vengeur. La rue des Douleurs coupe la rue du Calvaire, un peu plus loin heureusement la Ruelle du Baiser nous tend les bras.

Nous avons trouvé Pierrot qui buvait le café à la réception de l’Hotel del Conde. Nous y avons transféré nos affaires. Nous avons marché, des heures et des heures, monté et descendu des ruelles et admiré les petites maisons de couleurs en essayant d’y voir Frida embrassant passionément son Dieguito « panson! ».

Au dessus de la ville se dressent les barrages et ce sont des quantités et des quantités d’eau qui se déversent dans les rues souterraines lorsque la pluie fait déborder les augustes canaux. Tout au long du chemin les vastes maisons coloniales dressent leurs colonnes et tourelles altières, le pays de l’argent.L’argent le vrai, celui qui donna en son temps à la ville des allures de Reine incontestée.

Guanajuato dans mon coeur, et le petit restaurant du Grec, celui qui est mexicain depuis 3 générations mais restera grec toute sa vie.

Les briques sentent comme chez mon grand-père, odeur d’argile ou de terre rouge. Humidité fraîche. Sur les murs les affiches du Ciné de Oro mexicain discutent avec un mic-mac de vieilles radios, appareils photos et les portraits de maria dolorès font presque de l’ombre à la Guadalupe.

Mezcales délicieux et terribles, mais j’en reparlerai.

Partout Don Quichote nous fait du gringue. Nous n’avons pas vu les momies précolombiennes, la momie on la promène avec nous pas vrai Pierrot? Mais surtout, encore et surtout, le plaisir d’une atmosphère paisible, les voitures s’arrêtent pour te laisser traverser rends toi compte!

Et puis le curieux jardin public et l’ombre de ses grands arbres, les terrasses de café à tous les coins de rue, le plaisir d’errer sans but dans la douce chaleur d’un soleil aimable, le ciel limpide et frais du haut de ces rien de moins que 2000 mètres d’altitude.

Guanajuato m’a procuré une curieuse sérénité mêlée de joie de vivre.

A nouveau l’envie de tout quitter pour m’installer ici, voir mes enfants jouer en riant dans les ruelles piétonnes, y ouvrir un salon de thé et me dire ça y est. Enfin.

Je suis chez moi.

Ambiance

mars 4, 2010

Klaxons de voitures pressées, de l’Eglise sortent de belles dames et de beaux messieurs tout endimanchés. Nous sommes mardi pourtant.

Un air de jazz s’échappe du Café, sur les petits bancs les étudiants du Conservatoire révisent leurs partitions, deux collégiens en uniforme s’embrassent éperdument à l’ombre des grands arbres.

Café cigarette au bec je renifle avec intérêt les effluves délicieuses qui s’échappent de la cuisine économique voisine. Un jeune dog-sitter passe avec sa tripotée de meilleurs amis de l’homme.

Les dames s’installent autour d’un capucino pour se raconter à loisir les derniers potins.

« Lllegaron los tamales, tamales oaxaqueños, buenos ricos baratooooos! » chante la bicyclette du vendeur de tamales. « Ricos, ricos elooootes, con sal, mantequilla o chileeee! » lui répond la charrette de la vendeuse de maïs.

Je me suis arrêtée à Chilpancingo pour manger quelques quesadillas de ce champignon noir et piquant au nom nahuatl qui m’échappe toujours. En passant j’ai acheté un grand litre de jus d’oranges pressées par un adorable jeune garçon. La vieille dame qui m’a servi à manger préparait la tortilla avec une redoutable efficacité.

Plus tard dans la journée j’irai au restaurant argentin discuter avec ma future patronne. Je boirai un maté et accepterai peut être un alfajor. Bientôt je travaillerai, et ces douces matinées d’errance qui me sont chères se feront rares.

Il me faudra me préparer en vitesse, sautiller entre les voitures au milieu du terrible trafic matinal, mettre mon uniforme et sourire avec candeur aux clients.

Bientôt viendra le temps de louer un appartement, de régler ma situation, ouvrir un compte, payer des impôts, me déclarer comme résidente mexicaine. Suis je en train de dire adieu à mon pays? J’ai du mal à l’envisager, mais je ne peux me résigner à abandonner mes quesadillas du matin, et mes tacos dégustés à la sauvette au coin d’une rue, garnis d’oignon frais, coriandre, citron et beaucoup, beaucoup de piment jusqu’à m’en tirer des larmes.

Je me sens bien dans ce trafic incessant de gens, voitures, enfants et vendeurs ambulants. Je ne me sens pas chez moi, mais pourtant quelque part cela me correspond.

Cependant. Cependant le bar PMU me manque. Les demis en terrasse avec les collègues. Les barbecues à la rivière et les petits concerts en plein air.

Ces hivers atrocement froids qui nous font fuir vers les montagnes et les raclettes d’après ski. Les échappées à la plage quand reviennent les beaux jours et les pastis sur le vieux port.

Je repense aux promenades dans mes chères montagnes corses, les soirées à la guitare et les hommes accoudés au comptoir chantant en toute occasion. Leur servir avec entrain le pastis ou le whisky qui leur raffraîchira la mémoire. Manger un bout de prizuttu ou une truite grillée, boire un verre de vin en parlant de passé puis d’avenir. Ou le contraire.

Je voudrais sauter depuis la Fausse Monnaie et défier les vagues qui me frappent contre les rochers, et puis rentrer chez moi, heureuse, et regarder depuis le jardin le vieux marronnier étendre son ombre paisible sur le bassin tranquille.

Je suis ici cependant. Et ne m’en lasse pas. Reste fascinée, en permanence, me promène au gré des rues et dans les méandres des marchés, passe des heures avec mes amis et m’essaye à imaginer quel mécanisme m’a rendue si attachée à ce pays sans trouver d’explications. Pourtant Dieu sait si la mentalité, l’architecture, les paysages, la musique, la nourriture et surtout les gens que j’ai laissé en partant me manquent.

Je crains parfois d’être définitivement coincée entre deux continents.

Bateau sur l’eau la rivière la rivière

mars 4, 2010

Ma soeur est venue me voir et ça, c’était vraiment le pied!

Cela m’a donné une excellente excuse pour me sentir en vacances encore un petit peu et arrêter de m’angoisser pour mon CV qui ressemble de moins en moins à quelque chose…

Pour notre premier dimanche de retrouvailles, une escapade à Xotchimilco s’imposait.

Xotchimilco c’est un peu le Venise mexicain. Tu passes ta journée sur un bateau mais comme le veut le pays c’est bruyant, coloré, rempli de monde, de nourriture et de boissons.

Après d’intenses manoeuvres visant à dégager le bateau de ses congénères, nous nous mettons en route. Autour de nous d’autres barques toutes plus colorées les unes que les autres, à leur bord des familles, des amis, des couples qui mangent, boivent, dansent et discutent avec animation.

A intervalles réguliers des barques plus petites t’abordent, tel le poisson pilote acccompagnant le requin tigre, pour te proposer nourriture, souvenirs et plantes vertes. Les mariachis possèdent quand à eux leur propre barque qu’ils garent en double file contre la tienne le temps de chanter les airs qui pourraient te venir en tête.

Nous avons même croisé un petit bateau conduit par deux hommes à l’air patibulaire dont je suis sûre qu’ils auraient pu nous vendre quelques pétards…

Cependant le but du jeu c’est avant tout de boire et manger à n’en plus finir: pambazos, quesadillas de fleur de courgettes, champignons, poulet ou tacos de barbacoa, tripes, pieds, oreilles, chips, bonbons, glaces, la ronde infernale de toutes ces petites merveilles ne cesse jamais. C’est marrant j’ai vraiment l’impression de répéter cette phrase en permanence.

Un peu comme s’il s’agissait d’un jeu: événement traditionnel mexicain = boire et manger … (remplissez avec les éléments proposés).

Vous vous en doutez, le fait que la finalité de chaque activité ait trait à ces réjouissances gastronomiques ne peut que m’enchanter!

Ce fut donc une journée délicieuse, nous étions une joyeuse bande pour le moins cosmopolite, deux mexicains, deux espagnols vraiment marrants, un américain pour le moins étrange pour ne pas dire assez effrayant, et ô gloire à notre patrie quatre français dont un jeune homme qui est le fantasme de toutes mes copines mexicaines.

Moi je le trouve très très banal, tout ça pour vous encourager chers amis à venir me rendre visite, vous avez beaucoup plus de classe que lui, si LUI les fait fondre vous allez les enflammer!!

Bref j’avais fait la fête pendant tout le weekend, j’étais loin d’être au sommet de ma forme et cette journée sur l’eau m’ayant épuisée, je me suis effondrée avec délectation entre mes oreillers en songeant avec impatience à notre prochain départ à destination de Guanajuato sur les traces de Pierrot.


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