Le jour où je suis devenue une maman d’enfer l’arsouille était parti se faire un resto entre potes en me laissant à la maison. « Nan mais c’est pas que je veux pas que tu viennes, mais t’es tout le temps fatiguée aussi, et après tu fais ton boulet faut te ramener c’est chiant ».
Oui c’est vrai excuse moi pour une nana enceinte de 9 mois avec le ventre qui me sort par les oreilles je suis quand même sacrément gonflée de pas me cogner 35minutes de marche à pied pour pouvoir te laisser picoler tranquille, déjà qu’entre nous le Pub Irlandais quand tu bois du jus de carottes c’est pas la méga ambiance, je me suis une fois de plus dévouée « je comprends mon loulou d’amour, vas y, sors, va t’amuser avec tes amis je vais rester à la maison je suis un peu fatiguée justement »
Incrédulité totale de l’arsouille en question. « T’es sérieuse là ? Ca veut dire que je vais rentrer tout à l’heure tu feras la tronche devant Faites Entrer l’Accusé en me disant non non tout va bien, puis tu te mettras à chialer à cause des hormones ? »
« Mais non je te jure j’ai pas envie de bouger ! »
Bref à minuit le gai luron n’ayant toujours pas donné signe de vie je l’ai appelé pour lui commander une bonne galette des familles (car certaines petites choses délicates ont des envies de fraises en pleine nuit, personnellement c’est plutôt la perspective d’un bon vieux kébab dégoulinant de trucs suspects qui me fait vibrer).
Un peu plus tard alors que je digérais peinard sur le canap’ pendant que l’homme matait la télé d’un œil rendu vitreux par l’excellente qualité du bambou marseillais j’ai commencé à sentir qu’un truc se tramait dans mon intestin grêle. Un genre de gargouillis annonciateur de viande pas fraîche, celui qui te dit « prépare toi ma cocotte ce soir tu vas en chier ! ».
Il m’a fallu trois aller-retours aux water pour me rendre à l’évidence et annoncer d’une voix blanche à l’homme « Dis, je crois que ça y est… »
Avoir un enfant et la diarrhée au début c’est un peu kif-kif bourricot.
Dix minutes plus tard j’étais dans la voiture en train de couiner, l’homme complètement réveillé en mode Fangio des calanques me conduisant vers mon destin.
Une demie heure plus tard une petite étudiante essayait vainement de me mettre sous perfusion, le mâle s’était senti mal et moi je jurai mes Grands Dieux que je n’avais rien bouffé et quand est ce qu’ils allaient me la faire, cette péridurale enfoirés de barbares !
Il n’a fallu que 5minutes de plus pour qu’une contraction un peu plus forte me fasse rendre tripes et boyaux, et surtout copeaux de viande oignons et sauce blanche dans une petite coupelle stoïquement tenue par l’homme, achevant de dénaturer ce « plus beau jour de ma vie ».
L’étudiante a encore eu le temps de faire quelques boulettes, l’arsouille faisant fi de toute solidarité de se fumer un demi paquet de clopes avant qu’enfin le Nirvana de la médecine moderne ne me soit accordé : la péridurale auto injectable.
Munie de ma pompe à drogue j’ai pu me délecter des hurlements de ma voisine de salle de travail qui préférait un « accouchement naturel » la bienheureuse ! Je me suis même légèrement endormie tandis que la progression dans mon ventre ressemblait de plus en plus à une grosse envie de faire caca.
Et tout à coup, il est l’heure et le papa en devenir commence à pâlir sérieusement en me broyant la main pour se donner du courage.
J’entends enfin le classique « Allez-y Madame ! Poussez ! », et 1, 2, 3 l’enfant est là ! Papa pleure comme une madeleine et je plane encore plus que sous péridurale, la petite chose visqueuse qui se presse contre mon sein sort donc de mon ventre !
J’arrive pas à y croire, il a de si jolies petites oreilles.
Après avoir coupé le cordon le chef de famille racontera à qui veut l’entendre que c’est exactement pareil que lorsque on vide une truite, mais à cet instant les deux hommes de ma vie se dévisagent avec émerveillement et circonspection.
Un peu plus tard ton papa a réveillé la moitié de son répertoire avant de partir dormir un peu. Tu as eu la bonne idée de naître un vendredi et le week-end s’annonce chargé.
Pour le moment nous ne sommes que tous les deux, tu me regardes tout en tétant avec application et je te chuchote des mignardises en espagnol. Tu es magnifique, plein de cheveux mais ni fripé ni plein de plaques rouges ou de jaunisse ou d’autres trucs bizarres et un peu dégueulasses de nouveaux nés. Tu as de grands yeux bien ouverts et un petit nez tout mignon, bien entendu tu es le plus beau de tous mais je me demande encore si c’est vrai ou si c’est simplement parce que tu es moi que je le pense.
Les gens m’appellent pour me féliciter alors que c’est toi qui a tout fait (même me déchirer la moitié de la foufoune sur ton passage), je ne veux pas te lâcher, surtout pas pour te mettre dans ce berceau froid et transparent, je veux te garder tout contre moi et ne penser qu’à toi pour ne pas entendre mon ventre dégonflé qui fait flop flop comme un vieux pneu crevé.
Bordel de Dieu ça y est. Je suis mère de famille.









